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Le miel, un produit noble
que l’on doit
aux pollinisateurs

20.05.2022

En Wallonie, on recense plus ou moins 4.000 apiculteurs, comptant en moyenne qu’un seul sur mille possède plus de 150 ruches. Leur activité principale ? La production de miel, pardi ! Parmi les centaines de miel qui composent le paysage agricole de notre région, on retrouve notamment le Miel wallon, qui repose sur un savoir-faire artisanal, propre à la Wallonie.

Un article de Potimanon

En effet, le Miel wallon constitue un produit typique de Wallonie, qui représente à lui seul une véritable fierté. « Le Miel wallon illustre à merveille à quel point la Belgique est, certes, un petit pays, mais rempli de mille et une bonnes choses », nous confie Anthony Istas, apiculteur passionné qui vient de se lancer dans le domaine avec Marie-Christine, qui, elle, s’investit dans de la permaculture. « Le Miel wallon appuie en réalité la diversification agricole de notre pays et prouve dans le même temps que nous travaillons dans le respect des animaux, des insectes et de la biodiversité. »

Le Miel wallon,un produit
du terroir régional

Le Miel wallon présente de nombreuses caractéristiques qui en font un produit de qualité. « Il s’agit d’un miel très crémeux, à la consistance tartinable » nous explique Anthony Istas, qui voit en l’apiculture un moyen de renouer avec la nature et toutes les valeurs autour, qui se perdent malheureusement aujourd’hui. « Le Miel wallon n’est pas liquide, il a une texture onctueuse, car il est travaillé de manière naturelle. On lui doit ces qualités au fait qu’une fois qu’on récolte le miel, celui-ci est mélangé très régulièrement. On ne le laisse pas se reposer. C’est ce qui lui offre cet aspect homogène. » C’est ainsi que pour obtenir le Miel wallon, un cahier de charges précis doit être respecté. En effet, chaque apiculteur souhaitant se lancer dans la production de ce produit régional doit respecter le « Guide de bonnes pratiques apicoles ».

Comment produit-on du miel au juste ?

« On a plusieurs boîtes que l’on empile. La boîte du bas s’appelle le corps » nous explique Christophe Fischer, apiculteur à la Maison Fischer à Flawinne. « Il s’agit de la partie entre le sol et le toit. C’est le lieu où les abeilles vivent et élèvent les larves » ajoute Arno Baurain, apiculteur du côté de Louvain-la-Neuve. « C’est là où on retrouve la Reine, précise Christophe Fischer. Sa fonction principale est de pondre. Elle ne dirige pas, contrairement à ce que l’on croit. On retrouve également des mâles, présents uniquement l’été et servant pour la reproduction. Ils ont aussi une petite fonction au niveau ventilation de la ruche, mais il est possible de s’en passer. Enfin, on a les abeilles ouvrières, soit des femelles stériles qui assurent toutes les autres fonctions de la ruche ; construire la ruche, entretenir la Reine, stocker le miel, s’occuper des larves… ». Dans cette ruche, on dispose également différents cadres en bois alignés. « Il s’agit d’un élément indispensable d’une ruche, qui facilite le travail des abeilles », précise Arno Baurin. « S’il n’y a pas ces cadres, les abeilles construisent tout de même des rayons de cire, mais alors il devient difficile pour nous de visiter la ruche, d’intervenir et au cas échéant, d’extraire le miel, précise Christophe Fischer. Les cadres permettent vraiment la manipulation. » On vient ensuite disposer des hausses. « À la saison de récolte, quand il y a des fleurs, les abeilles vont faire des stocks de miel, et là on va mettre ce qu’on appelle des hausses, explique Christophe Fischer. Il s’agit du même système que le corps de ruche. C’est le grenier à miel. Et pour être certain qu’il n’y ait que du miel, on peut ajouter une grille à Reine, qui permet le passage des abeilles, mais pas de la Reine. Cela permet également de ne pas avoir de ponte dans le miel. C’est préférable, mais pas indispensable », ajoute Christophe Fischer.

Et ensuite ? « Une fois que le tout est suffisamment operculé, on retire les hausses, et on décide s’il faut ou non les faire sécher en miellerie, explique Arno Baurin. On désopercule ensuite. Comment ? Sur le cadre, il y a un opercule, entre le miel et l’extérieur. On prend ces cadres, on les met dans un extracteur, soit comme un gros panier à salade, on le fait tourner et celui-ci va projeter le miel sur les parois de la machine. Naturellement, le miel coule vers le bas et on le récupère via un robinet. On passe alors le miel au tamis afin d’en retirer les impuretés, on le met dans un maturateur et on le laisse reposer au moins une journée pour que les particules remontent à la surface et qu’on puisse ensuite les retirer. » Arno Baurin explique qu’à partir de ce moment-là, deux solutions s’offrent alors à l’apiculteur : soit mettre directement le miel en pot, et ainsi obtenir un produit brut au plus proche de la nature et qui va cristalliser de manière un peu grossière, soit on va crémer le miel, c’est-à-dire le mélanger encore et encore ; ce qui est le cas du Miel wallon. « Le mélange va casser la cristallisation, pour que celle-ci soit la plus naturelle possible » précise Arno Baurin.

L’abeille, un rôle de première importance dans la création du miel...

La star des pollinisateurs en matière de miel, c’est l’abeille. En effet, « nous ne sommes que l’illustration du travail des abeilles » confie Anthony Istas, qui se considère purement et simplement comme un acteur des accomplissements de ces insectes. « Il faut d’ailleurs dissocier les abeilles solitaires, celles qui ne vivent pas en ruche, et qui évoluent seules, des abeilles sociales, celles que l’on retrouve en ruche » explique Arno Baurin. En Wallonie, il est possible de distinguer trois grands types d’abeilles, sachant que « chaque race d’abeille a des caractéristiques bien particulières », précise le CARI, ASBL gravitant autour de l’abeille, de l’apiculture et de l’environnement, sur son site web.

  • L’abeille noire : « c’est l’abeille originaire de notre pays », explique le CARI. Et même si l’environnement actuel l’a pas mal perturbé, « il n’en reste pas moins qu’elle est assez rustique et bien adaptée à notre pays. » ;
  • La Buckfast : « depuis une dizaine d’années, l’abeille Buckfast connaît un développement très important dans les ruchers », précise le CARI. « Il s’agit d’une abeille douce et productive » ajoute Arno Baurin ;
  • Carnica : elle est très douce, et peu sensible aux maladies. Il s’agit d’une sous-espèce de l’abeille domestique, soit l’Apis mellifera). « On la retrouve surtout du côté de Liège » ajoute Arno Beaurin.

... Et dans bien d’autres domaines !

L’abeille n’intervient pas uniquement dans la fabrication du miel. Bien au contraire, ainsi que d’autres pollinisateurs, elle joue un rôle essentiel qui englobe notre alimentation de manière générale, au sens large du terme. En effet, s’il n’y a pas de pollinisateur, alors il n’y a pas de processus de pollinisation, or ce dernier est indispensable aux récoltes de fruits et légumes. Par exemple, les pollinisateurs endossent les traits du personnage principal dans la fabrication de cidre. « Les pollinisateurs dans le verger sont précieux puisque pour faire un fruit, et de facto pour faire une pomme, la base d’un cidre, il faut que les fleurs soient fécondées, explique Adrien Pestiaux, collaborateur de La Cidrerie du Condroz à la Ferme de Froidefontaine, à Havelange. Les pollinisateurs jouent ce rôle. La beauté d’un verger en fleurs permet de rendre ce lieu riche en biodiversité et les pollinisateurs sont l’un des premiers acteurs de ce verger diversifié. Ça permet de garantir le fait que la fleur devienne fruit. »

Les pollinisateurs, et particulièrement les abeilles, interviennent également au-delà du secteur alimentaire. Nathalie a créé Rebelle de Nature, soit des cosmétiques naturels et respectueux de l’environnement. « Les abeilles viennent sur mes lavandes, sur mon thym, mais aussi sur mes légumes, car nous faisons notre propre potager avec mon mari qui est apiculteur. Si les abeilles ne viennent pas polliniser, nous ne savons rien faire. » Les abeilles sont à la racine du travail de Nathalie qui nous explique qu’elle utilise dans ses produits la cire d’abeille et le miel. « Au moment de la récolte de miel, on sort les cadres des ruches et mon mari retire les pellicules qui recouvrent les alvéoles pour récupérer la matière. Tout est récupéré et fondu en petites doses ou en bloc, on filtre et avec cette matière première, je fabrique mes savons. C’est peut-être 3, 4% dans un savon, mais cela peut aller jusqu’à 10% dans certains cosmétiques. C’est difficilement remplaçable en fait, même s’il y a d’autres cires, végétales, la cire d’abeille reste un produit essentiel et naturel. C’est non-transformé, c’est mon travail à moi. »

Les pollinisateurs, des acteurs de la biodiversité qu’il faut préserver

L’abeille n’est pas la seule à pouvoir revêtir ce rôle et à participer au processus de pollinisation. En effet, papillons, bourdons ou encore coccinelles y participent également à leur échelle. « 80% des fruits et légumes que nous obtenons le sont grâce aux pollinisateurs, qui font un travail gratuit » explique Anthony Istas, précisant qu’il s’agit d’une chance dans notre pays. « Dans certains pays, les agriculteurs doivent polliniser eux-mêmes à l’aide de pinceaux » suite à une perte importante de biodiversité dans leur verger.

Les populations de pollinisateurs sont en déclins et il est primordial de les préserver. Nous pouvons tous faire des gestes en leur faveur.

Comment prendre soin des pollinisateurs
à sa petite échelle ?

Pour Anthony Istas, il faut avant tout engager un travail d’éducation et d’éveil des consciences à l’égard du rôle des insectes, et donc, des pollinisateurs. « Certains enfants ont peur des insectes, alors que si on leur apprend à observer, on peut alors mieux les appréhender. »

Une solution facile à mettre en place, « C’est tout simplement d’installer un hôtel à insectes chez soi » conseille Christophe Fischer. « Un rondin de bois que l’on perce et le tour est joué » ajoute-t-il, précisant qu’il vaut d’ailleurs mieux forer dans le sens du bois pour assurer la viabilité de l’hôtel à insectes. Ici nulle question d’attirer un essaim d’abeilles mais plutôt des pollinisateurs solitaires.

Chacun à son échelle, on se rend dès lors compte qu’il est possible d’apporter sa pierre à l’édifice et ainsi, préserver la biodiversité et l’écosystème. Alors si ce n’est déjà fait, on s’y met ?